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15 juillet 2021

Une chenille gloutonne

La spongieuse européenne (Lymantra dispar), cette petite chenille qui a envahi les forêts de la région et dévore le feuillage de nombreuses espèces, fait les manchettes au Québec depuis la mi-juin. Cet insecte envahissant est présent en Amérique du Nord depuis la fin des années 1800 alors qu’on a voulu l’utiliser pour établir une industrie de soie locale. Comme de nombreuses espèces importées d’outremer, quelques individus se sont échappés et ont établi la population que nous observons actuellement.

Bien que plusieurs d’entre nous auront remarqué cet insecte vorace pour la première fois cet été, la chenille spongieuse n’en est pas à sa première éclosion dans la région. C’est d’ailleurs à la suite d’une forte augmentation de la population de chenilles spongieuses que le professeur Martin Lechowicz, chercheur en écologie végétale de l’université McGill, a été attiré au mont Saint-Hilaire à la fin des années 1970. La présence de la spongieuse à la Réserve à cette époque a mené Dr. Lechowicz et ses collègues à publier plusieurs articles à ce sujet, ainsi qu’à un bon nombre d’études plus récentes. Pour lui, ce fut le début d’une longue et fructueuse relation avec la Réserve naturelle Gault dont il a été le directeur pendant 16 années.

Grâce aux travaux de chercheurs comme Martin Lechowicz, on comprend aujourd’hui que l’épidémie de chenilles spongieuses opère de façon cyclique et qu’une infestation de l’ampleur de celle que nous voyons cette année se manifeste aux 10 ans environ. Puisque la chenille spongieuse est une espèce envahissante qui est arrivée sur ce continent il n’y a pas tellement longtemps, elle n’a pas beaucoup de prédateurs locaux. Alors, lorsque les conditions sont favorables, la population de chenilles spongieuses peut augmenter fortement, laissant sur son passage un paysage désolant. Les coupables de cette plus récente infestation sembleraient donc être ces deux derniers hivers doux et le printemps chaud et sec de cette année.

Heureusement, nous pouvons nous tourner vers la nature cyclique de cette infestation pour garder espoir. Les chenilles qui semblent omniprésentes dans nos forêts au cours des dernières semaines se transformeront bientôt en papillons de nuit. Leur consommation intensive du feuillage de nos arbres cessera et la forêt pourra reprendre son souffle. Malheureusement, certains arbres déjà mal en point sont à risque de mourir à la suite d’une telle défoliation.

D’autres arbres auront une croissance plus lente en raison du manque de photosynthèse résultant de la défoliation en début de saison. Heureusement, la plupart des arbres en bonne santé retrouveront leur canopée avant l’automne, laissant place à un paysage plus réconfortant que ce que nous voyons actuellement. Comme quoi la nature peut se montrer résiliente !

Par Frédérique Truchon

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