L’hiver apporte son lot de défis, des entrées ensevelies aux routes glissantes et dangereuses. Heureusement, les sels de déglaçage que nous utilisons contribuent à rendre les routes plus sécuritaires. Mais leur usage a un coût caché : des impacts sur les écosystèmes qui reçoivent les résidus de ces sels dans les eaux de ruissellement.
Lorsque le sel de voirie est entraîné vers les rivières et les lacs, il ne disparaît pas simplement. Des études montrent qu’il peut nuire à la faune d’eau douce, en particulier aux organismes microscopiques à la base du réseau alimentaire, comme le zooplancton. Lorsque ces organismes déclinent, c’est tout l’équilibre de l'écosystème qui peut être perturbé.
Une alternative organique au sel de voirie
Fait surprenant, des alternatives organiques aux sels de déglaçage sont déjà utilisées dans plusieurs provinces canadiennes : le jus de betterave, le jus de cornichon et la saumure de fromage. Le jus de betterave, en particulier, est une option populaire. Il provient de la transformation de la betterave en sucre, qui créé une mélasse résiduelle qui serait autrement gaspillé.
Lorsqu’il est combiné au sel, le sucre contenu dans le jus de betterave crée une solution déglaçante plus adhérente et plus efficace. Le mélange colle davantage à la surface des routes, est moins facilement emporté par l’eau et abaisse le point de fusion de la neige et de la glace. Certaines études suggèrent que cette combinaison pourrait réduire la quantité de sel de voirie utilisée jusqu’à 30 %.
Cette innovation pourrait donc représenter une solution gagnante : des routes plus sécuritaires et moins de sel rejeté dans nos cours d’eau. Toutefois, un élément demeure incertain : les scientifiques ne savent pas encore précisément quels sont les effets du jus de betterave lui même sur les écosystèmes d’eau douce.
Évaluer cette approche à Gault
C’est ici qu’intervient Catalina Claus. Doctorante à l’Université McGill et récipiendaire d’une bourse de recherche de Gault, Catalina s’est donné pour mission de mieux comprendre comment le jus de betterave et le sel de voirie interagissent dans les écosystèmes d’eau douce.
Pris séparément, ces deux ingrédients agissent comme des facteurs de stress liés à l’eutrophisation, c’est à dire qu’ils peuvent augmenter la concentration de nutriments et favoriser la prolifération d’algues nuisibles. Le sel de voirie est également reconnu pour sa toxicité directe envers le zooplancton.
La recherche de Catalina s’articule autour d’une question clé : la combinaison du jus de betterave et du sel permet elle de réduire leurs impacts environnementaux, ou au contraire de les accentuer? Son objectif est de formuler des recommandations fondées sur des données scientifiques afin de favoriser des stratégies de déglaçage plus réfléchies et respectueuses des écosystèmes.
Qu’est ce qui freine l’adoption du jus de betterave et quelles sont les prochaines étapes?
Si le jus de betterave peut améliorer la sécurité routière tout en réduisant les impacts environnementaux, pourquoi n’est il pas plus largement utilisé par les municipalités?
La réponse tient parfois à une question de propreté. Selon la forme du produit utilisé, le mélange collant peut adhérer non seulement à la chaussée, mais aussi aux bottes, aux pneus et aux véhicules. Il peut également laisser des taches foncées brun rougeâtre, que plusieurs jugent peu esthétiques.
Malgré tout, à mesure que des chercheuses et chercheurs comme Catalina poursuivent l’évaluation de ces compromis écologiques, le jus de betterave pourrait bien trouver sa place comme solution plus verte pour relever les défis de l’hiver.
À propos de la chercheuse
Catalina Claus est doctorante sous la supervision de Gregor Fussmann, professeur et directeur du Département de biologie de l’Université McGill. Avant d’entreprendre ses études doctorales, elle a étudié les impacts des sels de voirie et du réchauffement climatique sur les invasions de poissons rouges, sous la supervision d’Anthony Ricciardi, professeur au Musée Redpath et directeur de l'École de l'environnement Bieler. Originaire de Mono, en Ontario, Catalina aime passer du temps à l’extérieur pour explorer en nature, que ce soit en randonnée ou en ski.
Marie Lefevre
Assistante aux opérations de terrain en 2025
Réserve naturelle Gault



